Les histoires chuchotées ici ne sont pas des récits de consultations et les prénoms utilisés sont fictifs. 

Je n'aurais peut-être pas dû...

Nous avions rendez-vous dans un bar à mi-chemin entre mes convictions et mes habitudes. Un endroit chaleureux, lumière tamisée, playlist sympa.
Bonne nouvelle : il était sympa.
Excellente nouvelle : la discussion coulait toute seule.

Deux verres chacun. Pas un de plus, pas un de moins. L’équilibre parfait entre lucidité et optimisme. On riait, se racontait des bouts de vie, se trouvait des points communs improbables. Il était attentif, j'étais à l’aise. Bref, une soirée qui commence bien — ce genre de soirée où tu te dis que l’humanité n’est peut-être pas totalement foutue et qu'il y a des mecs agréables à fréquenter.

Quand il propose de me raccompagner, ça me semble logique. Presque élégant.
Devant chez moi, il m’embrasse.

Et là… comment dire.

Ce n’était pas mal.
Ce n’était juste pas pour moi.

Un baiser un peu trop appliqué, un peu trop sérieux, trop de langue, trop d'intentions comme s’il récitait un mode d’emploi appris par cœur mais dans une autre langue (c'est le cas de le dire). Je souris quand même. J'hésite. Mon cerveau allume un voyant orange clignotant (juste un?).

Pourtant, on avait beaucoup échangé avant. Beaucoup. Des messages longs, joueurs, chauds mais jamais grossiers. De ceux qui laissent entendre plus qu’ils ne montrent. Je me dis qu’un mauvais baiser, ce n’est pas un CV complet, et pourtant, je sais par expérience qu'un baiser qui ne me correspond pas, c'est un amant qui ne me plaira pas.

Et puis il y a les détails pratiques :
les verres qu’il a offerts,
la route qu’il a faite (longue, il l’a bien précisé),
cette impression floue mais tenace que je lui dois bien ça.

Alors j'accepte.

À l’intérieur, la soirée continue, sans catastrophe mais sans magie non plus. Lui, fidèle à sa réputation auto-proclamée, est… très présent. Très. Peut-être trop. Endurant, oui. Inspirant, pas vraiment.
Je passe mentalement en mode gestion du temps. Je cherche des raccourcis, des sorties de secours élégantes. Rien de dramatique, rien de traumatisant. Juste cette sensation étrange d’être coincée dans un épisode qui n’aurait jamais dû dépasser le pilote.

Il quitte mon appartement, heureusement assez vite, je pousse un soupir. Pas de soulagement théâtral. Plutôt un bon, voilà.

Le soir même, j'envoie un message poli.
“Merci pour la soirée.”

Et puis plus rien.
Pas par méchanceté.
Pas par rancune.
Juste parce que parfois, même quand tout semblait fluide, même quand on a dit oui, même quand ce n’était pas si grave…
on sait très bien que ça ne mérite pas de suite, que cela n'aurait même pas dû commencer.

(Adèle)

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Il était brun, il était beau,...

 

Je ne sais plus vraiment comment tout a commencé, si ce n’est par cette fenêtre minuscule qu’est une photo de profil sur un site de rencontres. J'avais cliqué un peu par curiosité, un peu par instinct — et Alberto était apparu. Espagnol, ténébreux, sourire timide. Le genre d’homme qui semble toujours sur le départ.

Nous nous sommes vus un soir de semaine, au printemps, dans un hôtel . Alberto parlait anglais avec ce léger accent qui accroche les syllabes, comme si chaque mot chantait au soleil. Je l’écoutais, sentant les papillons envahir mon corps. Ce n’était pas de l’amour — c’était plus physique, plus immédiat. Comme un appel d’air.

Les jours suivants ont filé comme une parenthèse que personne n’avait prévue. Nous nous retrouvions pour voler quelques instants ensemble, nous nous racontions nos vies en morceaux, faisions l'amour avec beaucoup de douceur, de passion, d'imagination aussi. En sa présence, j'avais l’impression de vibrer autrement, d’être vue, d’être choisie. C’était doux, troublant et parfois déroutant.

Et puis, sans prévenir, plus rien. Un silence sec. Alberto avait disparu du paysage, avalé par son pays, par son travail, par une vie qui ne lui appartenait pas. Je savais qu’il était marié. J'étais déçue par l’interruption brutale du lien. Il m'avait promis de rester en contact, discrètement parce que, enfin,... on sait quoi.

Des semaines plus tard, un message. Quelques mots seulement, presque timides : "juste pour te dire que je pense à toi, beaucoup". Ça ne changeait rien, mais ça me réchauffait. Nous nous sommes revus. Une soirée volée au calendrier, une de ces soirées où tout semble plus lumineux que la veille. Il y avait des regards qui brûlent, des phrases qui restent coincées quelque part entre la gorge et le cœur, et cette sensation tenace que le monde se contracte pour nous ramener l’un vers l’autre.

Après cela, les saisons ont tourné sans lui. Six longs mois de normalité, d’oubli en surface et de souvenirs tenaces, parfois. Puis, à nouveau, Alberto. J'avais repris le cours de ma vie. J'avais même un rendez-vous ce soir-là. Mais il a suffit de queques mots pour que je plaque tout pour rejoindre mon bel amant. Toujours avec ce demi-sourire, comme s’il tentait de se faire pardonner en silence. Une dernière rencontre. Une nuit suspendue, sans revanche et sans futur. Et puis l’effacement total.

Il n’est jamais revenu.

Je ne sais pas si j'ai perdu quelque chose ou si j'ai gagné une histoire. Ce que je garde, ce sont des images : un accent, des mains, une bouche, un corps, une peau douce, un parfum, une chambre. Et au fond de moi, une petite braise indocile, celle qui me souffle qu’il reviendra peut-être. Ou peut-être pas.

(Alexia)

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Rapide...

J'ai 4O ans quand je me retrouve célibataire suite à une relation toxique dont la fin m'a donné envie de profiter à fond de ma féminité et de ma liberté retrouvée.

Je rencontre cet homme bien plus jeune que moi dans un bar. On se plaît, on joue un peu les timides. Il est respectueux, gentil, posé, beau. Un premier rdv assez chaud chez lui nous donne envie d'un 2ème plus tard, on ne sait pas quand. Une occasion se présente mais il me dit qu'il n'a pas beaucoup de temps. Il arrive chez moi, j'étais en feu. Il me demande s'il peut enlever ses chaussures. Je lui réponds que pour ce que j'ai prévu, ce sera plus confortable et surtout plus facile. Ensuite, tout a été très vite. Entre le moment où il est entré chez moi et le moment où il est reparti: pile 30 minutes. Et pourtant, je n'ai jamais eu l'impression d'av.oir bâclé les choses. C'était bien, très bien. Comme si le temps s'était étiré dans ces 30 minutes.

A son départ, j'envoie message à un pote qui est toujours au courant de qui vient chez moi et quand, si ce sont des inconnus. Il rit de la rapidité d'action, la mienne et la sienne. J'en rigole aussi tellement cela me paraît surréaliste après coup. Cette demi heure a même été surnommée avec son prénom, M. C'est devenu pendant quelques temps une unité de mesure! Sans moquerie, sans jugement. Seulement la surprise de cette étreinte rapide mais tellement satisfaisante.

Je ne l'ai jamais revu.                                      (Amélie)

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